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La vie d’un bugiste au début du XXème siècle

Posted by on 7 février 2011

La vie d’un bugiste au début du XXème siècle

Quand je pense au mode de vie de mes grands parents Mermet au début du siècle dans les montagnes du côté de Sonthonnax, ils étaient vraiment presque en autarcie sur « leurs terres », ou du moins presque en équilibre au niveau d’un village ou de quelques villages de la même zone ! Les transports faciles n’existaient pas et on voyageait peu et pas loin (Félicien mon grand père n’a pas fait 10 kilomètres pour trouver son épouse à Sorpiat), sauf pour le service militaire ou la guerre pour les garçons, le travail salarié chez des patrons à la ville pour les filles. Il n’y avait pas réellement de gens riches à Sonthonnax, sauf les propriétaires terriens, la plupart des gens sont des agriculteurs, ou des journaliers.

On mangeait ce qui poussait sur la zone. Base des repas : pain cuit chaque semaine au four banal que les familles « chauffent » chacune à leur tour et pommes de terre, fruits et légumes du jardin, frais à la belle saison, séchés (haricots grains, petits pois, fèves), conservés au frais à la cave (oignons, ails et échalotes, pommes de terre, choux, courges), carottes et raves conservées dans du sable ou des feuilles de platane ou bien, plus tard, en conserve (bocaux et bouteilles de haricots verts, côtes de bette) pendant l’hiver. Pas de congélateur ! Et très peu de conserves industrielles. Pendant l’été, Marie, ma grand-mère achetait du beurre et le faisait cuire, c’est à dire qu’elle éliminait un maximum d’eau et, comme cela, il pouvait se conserver pendant tout l’hiver (ou presque… car, à la fin, il avait quand même un goût de rance, mais comme c’était pour cuisiner ou mettre dans la soupe, le goût était dilué !) Les poules pondaient beaucoup pendant l’été et les nombreux oeufs étaient conservés pour l’hiver : on les enroulait dans plusieurs épaisseurs de papier journal et on les mettait à la cave dans de grands récipients en grès. Il fallait quand même vérifier quand on le cassait qu’il était encore bon !

Pour avoir de l’huile, on récoltait des noix, ou des noisettes, qui étaient écalées et apportées au moulin pour récupérer l’huile et le tourteau (appelé brou de noix…). Cette huile était bien entendu réservée à la salade et la cuisine se faisait au beurre car il y avait des vaches dans ces montagnes et le lait était porté tous les jours à la fruitière de Nébois, à quelques kilomètres (dans des bidons – bouilles – à lait en aluminium). On pouvait y acheter du beurre et du fromage (sorte de comté ou de bleu). Une des premières huiles disponibles en magasin dans les années 50 fut l’huile d’arachide, merci aux planteurs du Sénégal. Tout début de la mondialisation…

Pas de légumes « exotiques » comme les artichauts, les asperges, les endives, les choux-fleurs… Mon grand père n’a jamais voulu goûter par exemple aux grains de maïs doux en boîte. « Le maïs, c’est pour les poules ». Pour ce qui est de la viande, bien entendu, ils en mangeaient fort peu : poules ayant fini leur travail de pondeuses (bonjour la tendreté), lapins (dont on conserve les peaux pour les vendre au ferrailleur / récupérateur surnommé « le pattis »), et du bœuf une fois par an (le « bœuf de Pâques » : période qui donnait encore lieu il y a peu à une exposition du bœuf sur pied devant la boutique du boucher à Nantua avant le passage à l’abattoir…)

Beaucoup de travaux donc du printemps à l’automne, avec l’entretien des cultures, des animaux, du jardin, les récoltes, les conserves et les travaux à façon chez les autres pour gagner un peu de cash : couper l’herbe (à la faux car il y a peu de culture mécanisée), puis le regain, pour avoir du foin en hiver, émonder les frênes quand l’herbe est trop sèche en fin d’été, faire les moissons (toujours à la faux) et se faire payer en blé pour avoir 1/ de la farine pour les gens toute l’année (à tamiser sérieusement en fin de saison pour enlever les habitants inévitables après 11 mois de conservation à l’air libre !) et 2/ du son pour les poules et les lapins. Pour nourrir les lapins, les gens cultivaient des betteraves fourragères qui se conservaient presque tout l’hiver. Pendant la guerre de 39, les grands parents ont même essayé d’écraser ces betteraves et de faire cuire le jus pour en tirer du sucre… Pas de chance, fourragère n’est pas sucrière et ils se sont passés de sucre !

A la bonne saison, il fallait aussi « faire le bois », c’est à dire abattre (à la cognée et au passe-partout, car il n’y avait pas encore de tronçonneuse !) les arbres sur la parcelle de la forêt communale (la coupe) obtenue de la mairie, puis ramener les billes à la maison, les éclater avec les coins en fer et la masse, puis les scier et les fendre à la hache. Comme on le dit en Bugey : « Le bois, il vous chauffe 3 fois : quand on l’abat, quand on le fend et quand on le brûle ! »

En hiver, il y avait beaucoup moins de travail car les champs étaient inaccessibles et cela laissait du temps pour bricoler, réparer les outils ou faire des travaux de menuiserie, ébénisterie, tournerie. Il fallait quand même s’occuper des bêtes, porter le lait à la fromagerie, sortir le fumier, mais bien des journaliers descendaient en ville pour essayer de trouver du travail, surtout en menuiserie ou tournerie, artisanat très répandu dans la vallée. C’est aussi les paysans des montagnes qui descendaient couper la glace du Lac de Sylans

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